Protéger les océans : le défi du plus grand habitat de la planète
Les océans couvrent plus des deux tiers de la Terre et régulent le climat. Surpêche, pollution et réchauffement les menacent. Comment protéger ce bien commun immense ?
L’océan est le plus grand habitat de la planète. Il couvre plus des deux tiers de sa surface, abrite une part immense de la vie et rend à l’humanité des services vitaux. Il produit une large part de l’oxygène que nous respirons, absorbe une fraction considérable du dioxyde de carbone que nous émettons et de la chaleur excédentaire, régule le climat et nourrit des milliards de personnes. Pourtant, ce géant reste étonnamment mal protégé.
Un monde sous pression
Trois grandes menaces pèsent sur les océans, et elles se combinent.
La surpêche. Une part importante des stocks de poissons mondiaux est exploitée au maximum ou surexploitée. Certaines techniques, comme le chalutage de fond, raclent les fonds marins et détruisent des habitats qui mettent des décennies à se reconstituer. Les captures accidentelles — dauphins, tortues, requins, oiseaux marins pris dans les filets — aggravent le bilan.
La pollution. Chaque année, des millions de tonnes de plastique finissent en mer, où elles se fragmentent en microplastiques que l’on retrouve désormais partout, du plancton aux grands prédateurs. À cela s’ajoutent les pollutions chimiques, les excès de nutriments agricoles qui créent des « zones mortes » privées d’oxygène, et la pollution sonore qui perturbe les mammifères marins.
Le changement climatique. L’océan se réchauffe, s’acidifie à mesure qu’il absorbe le CO₂, et perd de l’oxygène. Ce triple stress bouleverse les écosystèmes, du blanchissement des coraux au déplacement des populations de poissons vers les pôles.
Le carbone bleu, un allié méconnu
On oublie souvent que l’océan est un régulateur climatique de premier ordre. Le phytoplancton, ces micro-algues invisibles, produit par photosynthèse une part majeure de l’oxygène atmosphérique. Les herbiers marins, les mangroves et les marais salés stockent dans leurs sols un carbone « bleu » particulièrement durable, souvent plus efficacement, à surface égale, que les forêts terrestres. Protéger ces milieux côtiers, c’est donc agir simultanément pour la biodiversité et pour le climat.
Les aires marines protégées
L’un des outils les plus efficaces pour restaurer la vie marine est la création d’aires marines protégées (AMP). En mettant certaines zones à l’abri de la pêche et des activités destructrices, on laisse les écosystèmes se reconstituer. Dans les réserves strictes, bien surveillées, les effets sont souvent spectaculaires : les poissons deviennent plus nombreux et plus gros, et cette abondance « déborde » au-delà des limites de la réserve, bénéficiant aux pêcheries voisines.
Le problème est double : une part encore modeste de l’océan est réellement protégée, et beaucoup d’AMP ne le sont que sur le papier, sans moyens de surveillance ni restrictions réelles. Un objectif international vise à protéger efficacement 30 % des mers d’ici 2030 — un cap ambitieux qui suppose non seulement de créer des aires, mais de les faire respecter.
La haute mer, un espace à réguler
Au-delà des eaux nationales s’étend la haute mer, immense espace longtemps dépourvu de règles solides. L’adoption d’un traité international dédié à sa protection marque une étape historique : il doit permettre d’y créer des aires protégées et d’encadrer les activités dans ces eaux qui appartiennent à tous et à personne.
Ce qui peut changer la donne
Protéger l’océan suppose d’agir sur plusieurs fronts : instaurer des quotas de pêche fondés sur la science et lutter contre la pêche illégale, réduire drastiquement les plastiques à la source, limiter les pollutions agricoles, protéger et restaurer les habitats côtiers, et bien sûr réduire les émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent et acidifient les eaux.
Chacun peut aussi peser : consommer des produits de la mer issus de pêcheries durables, réduire ses déchets plastiques, soutenir les initiatives de protection. L’océan est peut-être le plus vaste et le plus généreux des biens communs. Le préserver n’est pas un luxe, c’est une condition de notre propre survie.