Menaces et climat

Biodiversité et climat : deux crises, un même combat

Le dérèglement climatique et l'effondrement du vivant s'alimentent mutuellement. Les traiter séparément serait une erreur : protéger la nature, c'est aussi protéger le climat.

On parle souvent du climat et de la biodiversité comme de deux dossiers distincts, confiés à des experts différents et négociés dans des sommets séparés. C’est une erreur de perspective. Ces deux crises sont profondément liées : elles partagent des causes communes, s’aggravent mutuellement, et surtout, une grande partie de leurs solutions se recoupent. On ne résoudra pas l’une sans l’autre.

Le climat façonne le vivant

Le réchauffement bouleverse les conditions de vie de toutes les espèces. Beaucoup répondent en se déplaçant : vers les pôles, vers les sommets, vers les profondeurs plus fraîches des océans. Mais toutes ne peuvent pas suivre le rythme. Une plante se déplace à la vitesse de la dispersion de ses graines ; un animal de montagne finit par atteindre le sommet, sans plus aucun refuge au-dessus.

Le climat déphase aussi les rythmes du vivant. Lorsque le printemps arrive plus tôt, les floraisons, les éclosions d’insectes et les migrations d’oiseaux ne se décalent pas toutes à la même vitesse. Un oiseau qui arrive au moment habituel peut trouver que le pic d’insectes dont dépendent ses poussins est déjà passé. Ces désynchronisations fragilisent des chaînes alimentaires entières. À cela s’ajoutent les événements extrêmes — canicules, sécheresses, incendies, tempêtes — qui frappent des populations déjà affaiblies.

Le vivant régule le climat

À l’inverse, les écosystèmes en bonne santé sont parmi nos meilleurs alliés climatiques. Forêts, sols, tourbières, prairies, mangroves et océans absorbent et stockent d’immenses quantités de carbone. On estime que les écosystèmes terrestres et marins captent, ensemble, une part très importante de nos émissions annuelles. Sans ce service gratuit, le réchauffement serait déjà bien plus avancé.

Mais ce service dépend de la santé des écosystèmes. Une forêt dégradée, une tourbière drainée, un océan appauvri stockent moins de carbone — et peuvent même en relâcher, basculant du statut de puits à celui de source. La destruction de la nature n’est donc pas seulement une perte de biodiversité : c’est aussi une aggravation directe du dérèglement climatique.

Le cercle vicieux et le cercle vertueux

Les deux crises peuvent s’enchaîner en spirale destructrice. Le réchauffement provoque des incendies qui détruisent des forêts, lesquelles libèrent du carbone, ce qui accélère le réchauffement, ce qui multiplie les incendies. La sécheresse affaiblit l’Amazonie, qui recycle moins d’eau, ce qui aggrave la sécheresse.

Mais la logique inverse est tout aussi vraie. Protéger et restaurer les écosystèmes stocke du carbone, tout en préservant les espèces et en rendant les territoires plus résilients face aux extrêmes. C’est le principe des solutions fondées sur la nature.

Des solutions qui servent les deux causes

Certaines actions font coup double, en protégeant à la fois le climat et la biodiversité :

  • Conserver les écosystèmes intacts, en particulier les forêts primaires, les tourbières et les mangroves, dont le carbone est irremplaçable.
  • Restaurer les milieux dégradés avec des espèces locales et diversifiées.
  • Reconnecter les habitats par des corridors écologiques, pour permettre aux espèces de se déplacer à mesure que le climat change.
  • Repenser l’agriculture vers des pratiques qui stockent le carbone dans les sols et laissent de la place au vivant.

Attention, toutefois : mal conçues, certaines « solutions climatiques » nuisent à la biodiversité. Planter des monocultures d’arbres exotiques sur des prairies naturelles, ou couvrir des milieux riches de panneaux ou d’infrastructures, peut sauver du carbone sur le papier tout en détruisant du vivant. Les meilleures solutions sont celles qui servent les deux objectifs à la fois.

Penser les deux ensemble

Traiter le climat sans la biodiversité, ou l’inverse, revient à réparer une aile d’un avion en ignorant l’autre. Les scientifiques appellent de plus en plus à des politiques intégrées, qui reconnaissent que la stabilité du climat et la richesse du vivant sont les deux faces d’un même système. Notre santé, notre alimentation et notre sécurité en dépendent également. C’est, au fond, un seul et même combat.